Valentin Nierenberger

Étudiant en composition au CNSM

Je souhaiterais témoigner personnellement de certaines considérations sur la pratique instrumentale à travers l’expérience suivie durant près de quatre ans auprès Mme Fabienne Poulet-Schneider, kinésithérapeute. Il s’agit avant tout de réintroduire le corps dans l’enseignement de l’instrument de façon rationnelle et réfléchie. Le travail de Mme Poulet Schneider procède d’une pensée globale et progressive : le corps est une mécanique où chaque rouage a son importance pour son bon fonctionnement. Il faut d’abord corriger la posture globale en partant de l’ensemble du corps qui repose sur nos pieds pour aller vers le geste des doigts et des lèvres. Il s’agissait donc tout d’abord de corriger la posture générale du corps car qui dit bonne posture dit libération du geste. Ce renouvellement de la posture a permis un redressement et un bien meilleur maintien de la colonne vertébrale où les douleurs ont disparu très rapidement. Ensuite, nous avons corrigé la manière de porter l’instrument non par l’épaule mais par l’omoplate, le grand dentelé puis la main droite en particulier, en créant une voûte comme pour un pianiste, ainsi que libérer la nuque où j’avais une grande tension ce qui me valait certains petits maux de tête. Le masque des trompettistes devait enfin être traité et relâché contrairement à ce qu’on m’avait souvent répété. Bien sûr, si l’on jouait beaucoup avec les muscles du cou, des lèvres ou des joues c’est que nous compensons autre chose à savoir la bonne utilisation des muscles de la respiration et du soutien abdominal. A son tour, ce travail libérait les tensions de la gorge et donc de la langue et donc des lèvres etc. Bien utilisés, les muscles respiratoires et la ceinture abdominale à partir d’une posture correcte et dynamique, permettait de libérer le son et les possibilités techniques (en particulier la souplesse), et donc de pouvoir mieux travailler la musicalité, le phrasé avec mon professeur du conservatoire. Mme Poulet-Schneider met toujours son enseignement en rapport avec notre écoute, demandant d’ailleurs si le professeur de musique aurait entendu des différences – ce qui était toujours le cas. Il ne s’agit donc pas de faire du geste pour le geste mais celui-ci prend une dimension capitale et fondamentale dans le résultat sonore, le seul où l’on peut juger d’un musicien. En parallèle, ce long travail me permit de prendre confiance en moi et de mieux gérer le trac lors de mes expériences en public. Je remercie Mme Fabienne Poulet-Schneider pour son extrême professionnalisme, ses capacités de remise en question, son souci de la perfection, de l’observation mis en relation étroite avec une connaissance minutieuse du corps humain, tout comme ses profondes qualités humaines, valeurs que l’on oublie souvent dans notre monde obnubilé par la rentabilité !